Comment une publication #MeToo sur Facebook a renversé une icône du yoga

 

Une ex-disciple du swami Vishnudevananda révèle une décennie de mauvais traitements, faisant éclater une crise encore en développement au sein de yoga Sivananda.

 

Matthew Remski

 

Publié pour la première fois sur GEN par Medium.com, le 27 janvier 2020

Traduit par Nahida Alam

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La photo ci-dessus est une gracieuseté de Julie Salter. Elle montre Salter dans les années 1980, lorsqu’elle travaillait comme assistante personnelle de Kuttan Nair, également connu sous le nom de Swami Vishnudevananda.

 

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Tôt le 10 décembre 2019, dans son sombre et modeste appartement de briques rouges, Julie Salter, 63 ans, s’est assise à un bureau spartiate devant un écran bleu rayonnant. La boîte de dialogue affichait neuf paragraphes qui ont mijoté plus de deux décennies depuis qu’elle a quitté sa position au sein des centres de yoga Sivananda – un réseau global d’ashrams et de centres de yoga autrefois enraciné dans l’évangélisme yoga hippie, mais maintenant célèbre pour le tourisme du yoga et la formation professionnelle. À 5 h 15 du matin, elle a cliqué « publier » sur un témoignage d’abus sexuel et psychologique commis par le fondateur du groupe reconnu comme un saint.

« Avec toutes les éloges sur la biographie autour de Swami Vishnudevananda et de son héritage », écrit-elle, « avec tous les vœux nostalgiques, les croyances, les projections, et en pensant au “bon” qui a été fait, faisons aussi face, au moins, un peu aux faits restés dans l’ombre… ».  Salter affirme que ces 11 années manque de sommeil et de surmenage pendant lesquelles elle a été l’assistante personnelle de Vishnudevananda, jusqu’à sa mort en 1993, et l’ont rendue malade et dépendante. Elle a dévoilé que le guru prétendument célibataire avait «abusée » sexuellement d’elle pendant trois de ces années – et cette honte, ce secret, cette peur et son sens du devoir lorsqu’il est devenu gravement malade l’ont gardée à son service jusqu’à ce qu’elle « soit trop brisée pour même savoir comment partir ».

Alors que la publication de Salter est devenue virale dans les heures qui ont suivi, elle a joint la plus grande vague de l’activisme #MeToo dans le monde du yoga qui a éclaté à l’automne de 2017, lorsque Karen Rain a dévoilé que le défunt fondateur du yoga Ashtanga, Pattabhi Jois, l’a souvent agressée sous le prétexte de faire des « ajustements ». (Rain a raconté son expérience pour Medium l’année suivante, et 16 femmes ont maintenant témoigné à titre de survivantes de Jois). En 2019, Manouso Manos, un enseignant chevronné dans le monde américain de Iyengar, a été sanctionné par l’organisation professionnelle de sa communauté après qu’une enquête ait prouvé qu’il avait agressé sexuellement des étudiantes pendant des décennies. Un mandat d’arrêt pour le pionnier du « hot yoga », Bikram Choudhury, a été lancé il y a plus de deux ans pour ne pas avoir payé un montant 7 millions suite à un jugement contre lui pour harcèlement sexuel et congédiement injustifié de sa directrice d’entreprise.

Les amis et collègues de Salter de partout dans le monde ont rejoint plusieurs discussions Facebook pour rappeler son service infatigable et non rémunéré au sein des centres de yoga Sivananda, et exprimer à la fois leur peine face à son histoire et leur soulagement qu’elle ait finalement été capable de la raconter. Puis, d’autres femmes ont publié des témoignages à propos de Vishnudevananda.

Lucille Campbell, 65 ans, a commenté la discussion en écrivant qu’elle avec eu des « relations sexuelles » avec Vishnudevananda dans les années 1970, et qu’elle connaissait plusieurs autres femmes à qui s’est également arrivé.

Pamela Kyssa, 62 ans, a écrit dans la discussion que le guru l’a violée en 1979 dans une retraite au château de Windsor, en banlieue de Londres. Elle était allongée sur le plancher de la chambre de Vishnudevananda après qu’ils aient pratiqué des positions de yoga ensemble, puis il s’est « placé au-dessus de moi de façon inattendue, a baissé mon pantalons de yoga, » a-t-elle écrit. « Cette sensation d’être hors de votre corps, lorsque vous êtes ramené à la réalité par le son du réveille-matin… c’est ce que j’ai ressenti… hors de mon corps, le réintégrant avec lui au-dessus de moi ».

 

 

Né Kuttan Nair dans l’Inde rurale en 1927, Vishnudevananda a été un catalyseur du boom mondial du yoga dans les années 1960s, propulsé par des célébrités. Il a rencontré les Beatles avant qu’ils ne rencontrent le Maharishi. Il a donné des conseils de respiration yogique à Mohammed Ali avant l’un de ses combats contre Frazier. Il a écrit un manuel de yoga best-seller et a parcouru l’Europe et les Amériques, accumulant les disciples et les dons pour la douzaine (et plus) de centres de retraite et de méditation qui ont été établis sur son parcours — de Montréal à Madrid, de Munich à Montevideo. En 1971, il a été surnommé « Le swami volant » après avoir piloté un Piper Apache peint avec des couleurs psychédéliques de Boston à l’Irlande, dans une quête pour résoudre les troubles d’Irlande du Nord. Son plan était de « bombarder » l’hôtel de ville de Belfast avec des pamphlets. Il a cueilli Peter Sellers à Dublin pour l’étape finale. Puis, il a volé pour répandre des pétales de fleurs au-dessus de la ligne de front de la troisième guerre indo-pakistanaise. En 1983, il a volé avec un ultra-léger au-dessus du mur de Berlin. Il a voyagé avec un « Passeport de la planète Terre », fait par lui-même : date de naissance : « immortel », yeux : « intuitifs ».

Altruistes ou non, les coups de publicité de Nair et ses occasions de photos auraient pu être considérés comme grossiers si ce n’était sa célébrité. Retournons en 1949, dans l’ancienne oasis de Rishikesh où Nair a été initié à titre de moine et obtenu son nom religieux du swami Sivananda, un héros charismatique du mouvement moderne du yoga indien. Nair est rapidement devenu le directeur de toutes les classes de postures de yoga de Sivananda et, en 1957, il s’est aventuré vers l’ouest, armé de sa propre version mémorisable des enseignements de son maître : « La santé est la richesse, la paix d’esprit est le bonheur, le yoga montre le chemin ! ».

Le message de bien-être de Nair a attiré des enthousiastes vers quelque chose qui semblait plus holistique et traditionnel que la gymnastique spirituelle qui fusionnera éventuellement avec l’aérobic et la culture de la gymnastique pour dominer le marché du yoga. Il a résumé les énoncés religieux de Sivananda en « Cinq points du yoga » : un ensemble complet d’exercices « appropriés », de respiration, de relaxation, de régime alimentaire (strictement végétarien) et de pensée positive. Nair a aussi renforcé son authenticité en imposant de vieilles règles monastiques dans ses nouveaux centres cosmopolites. Tous les résidents devaient suivre un horaire strict de dévotion et de « karma-yoga », une forme de travail non rémunéré devant mener à un état d’altruisme.

Nair semblait particulièrement fidèle à la célèbre obsession de Sivananda pour la vertu spirituelle de rejet du sexe. « Le célibat complet », insistait son guru dans un livre dédié sur le sujet en 1934, « est la clé maîtresse pour accéder aux royaumes de la béatitude élyséenne ». De la même façon, les débutants dans les ashrams de Nair devaient s’engager à l’abstinence. Ceux qui sont restés ont fait ce sacrifice pour la vie, scellé par une initiation rituelle et un nom spirituel. Nair est même allé jusqu’à purifier l’histoire du yoga, censurant sa traduction d’un célèbre texte médiéval sur le yoga afin que ses pratiques sexuelles ésotériques demeurent secrètes.

Les cercles autour de Salter, Kyssa, et Campbell ont évolué depuis leur époque des lignes de téléphone fixes et du courrier postal. Maintenant, en témoignant sur Facebook, elles sont visibles ensembles instantanément. Elles sont soudainement reconnectées par un média dans la désillusion d’une nouvelle génération.

En quelques heures seulement, leurs publications ont attiré deux autres témoignages de femmes dans leurs trentaines, accusant l’un des étudiants avancés de Nair de harcèlement sexuel et d’agression. Thamatam Reddy, 53 ans, connu dans les centres de yoga Sivananda comme « Prahlad ». Il voyage à travers le monde et dirige la formation des enseignants de l’organisation, qui coûte environ 3 000 $ par personne. En racontant leurs expériences durant des interviews, les deux femmes décrivent Reddy les harcelant pendant qu’elles travaillaient gratuitement dans les ashrams Sivananda.

Un courriel envoyé par Communications Avenue, une firme de relations publiques de Montréal représentant le conseil d’administration de Sivananda (constitué de dévots de Nair, incluant Reddy) a reconnu avoir reçu des témoignages en 2011 et 2017, similaires à ceux publiés à propos de Reddy.

« Nous désirons préciser que nous avons des politiques et des procédures bien établies pour traiter les allégations de mauvaise conduite », dit le courriel, donnant le lien vers une page de politique. Alors que le conseil d’administration de Sivananda a dit dans un nouveau courriel qu’il a commencé à créer un politique d’anti-harcèlement dans les années 2000, une recherche dans les archives Web semble démontrer que le texte relié à la mauvaise conduite sexuelle ne fut publié qu’en 2019.

« En ce qui a trait aux allégations faites par Julie Salter sur Facebook », dit le communiqué, « nous espérons être en mesure de nommer sous peu un enquêteur indépendant ».

Six semaines après la publication de Salter, le conseil d’administration a annoncé avoir engagé l’avocate montréalaise Marianna Plamondon pour « enquêter sur les allégations faites par Julie Salter et deux autres plaignantes ». Contactée par téléphone à Montréal, Plamondon a confirmé avoir reçu des questions par courriel à propos de l’étendue de l’enquête, à savoir si ses conclusions seraient rendues publiques, et pourquoi les membres de Sivananda avec des plaintes contre l’organisation voudraient parler avec une avocate engagée par l’organisation. Plamondon a refusé de répondre durant l’appel. Dans un courriel de suivi, elle a écrit « Je ne ferai aucun commentaire à une tierce partie que ce soit sur le mandat que j’ai reçu ou sur le progrès de l’enquête ». L’enquête, écrit-elle, est limitée aux « allégations qui ont été faites par trois plaignantes à propos de swami Vishnudevananda ».

Le conseil d’administration n’a pas contacté Salter, ni Kyssa, ni Campbell à propos de l’enquête proposée. La dernière fois que Salter fut contactée fut en 2007, lorsqu’elle a reçu une lettre la menaçant d’une poursuite en diffamation.

 

 

Lucille Campbell a rejoint la communauté en 1971, à l’âge de 17 ans, trois ans après la mort de son père, durant une période où elle se sentait « toute seule dans sa vie », comme elle l’a déclaré dans une entretien. En 1974, elle était devenue la directrice du centre Sivananda de Vancouver. Cet été-là, le centre a organisé une retraite dans la campagne. Un jour, dit Campbell, elle a ouvert la porte du chalet de Nair et l’a vu en train d’avoir une relation sexuelle avec une personne membre du personnel.

« J’ai fermé la porte », dit-elle. « J’étais totalement figée. J’avais 21 ans. J’étais encore très jeune. Puis, durant la méditation il m’a dit combien j’étais douée et tout. Je me suis figée, je n’ai jamais parlé de cela à personne ».

Peu après, Campbell a prononcé le vœu de renonciation et de célibat pour devenir un swami. Elle méditait et pratiquait le yoga deux fois par jour, faisant des exercices de respirations profondes, et travaillait gratuitement.

« Ma méditation était très centrée sur Swamiji parce qu’il est le guru et que les écritures disent que le guru est Dieu. Mais j’ai alors eu une étrange expérience de lumière que je ne comprenais pas. Et Swamiji a réalisé que je l’avais eue aussi, parce qu’après la classe il m’a dit que j’étais une étudiante avancée ». Campbell a dit que le compliment l’a encouragée à attribuer la lumière brillante à Nair. « J’ai pensé qu’elle avait été transférée depuis le guru ».

« Alors, j’ai naïvement été lui donner un massage. Je n’ai jamais été forcée, mais tout à coup, c’est devenu du sexe oral. Le fait qu’il n’ait pas éjaculé m’a déroutée. J’ai pensé qu’il ne le faisait que pour faire monter sa kundalini (un terme de yoga désignant une forme d’énergie spirituelle mystique). C’était peut-être un type de yoga tantrique ou quelque chose ».

Rien de cela ne fut discuté ouvertement, dit Campbell, mais ses lectures de l’époque l’avaient exposée à une vieille idée d’alchimie : que le yogi mâle qui était impliqué dans une activité sexuelle, mais « demeurait abstinent » pouvait d’une certaine façon sublimer la puissance de reproduction en une extase spirituelle, menant à sa « renaissance ».

La deuxième fois que Nair lui a demandé des faveurs sexuelles, la réponse de Campbell portait l’écho de ses méditations antérieures. Elle a quitté la chambre enveloppée d’une grande aura. « J’avais l’impression de marcher dans la lumière ».

Puis, Nair a demandé du sexe pour une troisième fois. Campbell savait que c’était mal et elle a refusé. En 1975, dit Campbell, trois femmes l’ont approché pour mentionner des incidents sexuels avec Nair. Deux des femmes, dit-elle, avaient prononcé des vœux de célibat. Elle dit qu’une de ces deux femmes a décrit son implication dans des activités sexuelles de groupe avec Nair, disant que c’était « amusant ». La troisième femme était alors mariée et elle a quitté l’organisation immédiatement après que le guru lui ait fait des avances. Campbell se rappelle le nom spirituel des deux femmes, mais ne voulait pas dévoiler leurs noms ou identités pour respecter leur vie privée.

« Il y a un point où il y a un dégoût extrême, » dit Campbell, « cela m’a pris un certain temps avant de partir, mais je suis partie ».

Campbell enseigne toujours le yoga à Montréal, mais est allergique à la mystification qui a donné à Nair autant de pouvoir. « Les hormones et les neurotransmetteurs », dit-elle, lorsqu’on lui a demandé comment elle comprenait maintenant l’aura et la lumière qu’elle a ressentie en sa présence. « On ne comprend pas tous les effets des émotions sur le cerveau ».

Avec des histoires comme celles de Salter et de Campbell dissimulées dans l’ombre, l’organisation de Nair a projeté pendant des décennies l’image d’une marque fantastique par son réseau de centres de méditation et d’ashrams qui offrent des vacances de yoga. À la Yoga Farm de Grass Valley, Californie, les visiteurs peuvent marcher dans le « Labyrinthe du miracle de la paix » ou passer la journée au spa, badigeonnés d’huile pour un massage ayurvédique. Le complexe des Bahamas sur l’île Paradise est un centre pour les vedettes en tournée et les ashrams d’Inde produisent cohorte après cohorte de diplômés avec le très lucratif cours de formation des professeurs de yoga (plus de 45 000 diplômés depuis 1969). Le portrait béatique de Nair, souvent plus large que nature, a toujours dominé l’espace des temples partout dans le monde, et les brochures distribuées au personnel, aux invités et aux étudiants citent des prières invoquant son nom.

Mais cela n’a pas toujours été facile pour l’image publique de Nair. Dès le début de sa mission, des fissures ont commencé à être publiquement visibles dans la sainteté, le collectivisme et la renonciation aux plaisirs matériels. En 1971, des adeptes ont emmené Nair en justice contestant ses plans d’hypothéquer le centre de l’organisation au cœur de Manhattan pour payer des améliorations à son avion privé. Une lettre mise en preuve dans le cas de la Cour suprême de New York montre que ses adeptes l’ont accusé d’abus sexuel sur une étudiante nommée Irene. La cour a rejeté la plainte.

« Cette sensation d’être hors de votre corps, lorsque vous êtes ramené à la réalité par le son du réveille-matin… c’est ce que j’ai ressenti… hors de mon corps, le réintégrant avec lui au-dessus de moi. »

En 1974, la journaliste canadienne Marci McDonald a visité le quartier général de Nair dans les Laurentides pour rédiger un profil. Son titre cinglant faisait écho à la phrase célèbre de F. Scott Fitzgerald à propos des riches — « Swami Vishnudevananda Is Not Like You and Me » (« Swami Vishnudevananda n’est pas comme vous et moi ») — et son texte a détaillé une scène d’hypocrisie spirituelle et d’obéissance psychologique. On voit Nair essayant de grandiosement montrer une posture d’équilibre précaire sur un bras, pour simplement tomber, n’étant évidemment pas en assez bonne condition physique. Nous admirons les voitures de luxe à sa disposition, nous l’entendons déclarer qu’il est trop éclairé pour être attaché aux richesses et nous rencontrons Gopi et Shyamala, deux jeunes assistantes, méfiantes et épuisées, accourant pour essuyer le lait renversé de son gobelet.

McDonald termine son article avec une scène de sa dernière soirée à l’ashram. Sur le chemin de retour vers le dortoir, elle rencontre une femme, trébuchant, pieds-nus  sous la pluie. Dans ses pleurs, elle a crié « Swamiji, comment avez-vous pu ? » McDonald réalise qu’il s’agit de Gopi. « Découverte, elle devient soudainement silencieuse, je prends ma couverture pour la protéger. », dit McDonald, « Elle reste là, blottie sous un arbre, seule sous la pluie ».

Jointe par téléphone le mois dernier, McDonald s’est rappelée ce moment effrayant. « Tout dans mon esprit suggérait un abus sexuel », dit-elle. En se rappelant Gopi, qui est morte depuis, elle nota, « j’ai tout fait sauf dire à voix haute que je suspectais qu’il avait abusé de cette jeune femme ».

Mais ce n’était pas l’époque du #MeToo. « Je n’étais pas surprise que Gopi ne se confie pas à nous », dit McDonald, « J’aurais même été surprise si elle avait dit “Oh, il m’a fait une chose terrible. Nous devons aller à la police.” J’y serais allée, mais cela aurait été exceptionnel à cette époque si c’était arrivé ».

« Je suppose que ma façon de me lever contre l’injustice était d’énoncer ce que j’avais vu et de laisser les gens se faire leur propre idée ».

Julie Salter est arrivée aux quartiers généraux de Val-Morin, au Québec, pour la première fois en 1978, un an après avoir joint sa communauté à Tel-Aviv et quatre ans après la publication de l’article de McDonald. Elle est arrivée durant une sorte de grande époque, avec l’ashram plein de swamis et de programmes. Mais en 1982, Salter dit que le personnel avait été grandement réduit, poussé à l’épuisement, et certains adeptes semblaient aux prises avec des problèmes mentaux. Nair lui-même semblait négligé et sujet à des épisodes de dépression. Un végétarien toute sa vie, avec peu de gens autour de lui pour préparer la nourriture du sud de l’Inde qu’il aime tant, il était souvent réduit à manger des sandwiches au fromage, du riz au lait et des boîtes de pois pour survivre. Il était atteint de diabète et souffrait beaucoup. Salter ressentit un grand instinct maternel envers lui.

Cette année-là, Nair lui a demandé d’être sa secrétaire personnelle. Il l’a installée dans sa petite maison avec un ordinateur pour dicter des lettres pour ses lieutenants à travers le monde et un livre, qu’il ne publiera jamais. Les heures étaient interminables. Salter dit que Nair n’avait « absolument aucun biorythme ». Il restait debout toute la nuit, demandant du thé ou de la soupe, faisant une sieste d’une heure ou deux, puis se levait à nouveau pour passer un appel international. Ajoutés à cela, Salter voyageait fréquemment à l’étranger à ses côtés pour prendre des notes.

En 1983, Nair a commencé à demander à Salter de le masser et, à un moment donné, il lui a demandé de s’étendre à ses côtés sur le plancher après le massage. « Mais je ne comprends pas, Swamiji. », lui a-t-elle dit. « Yoga tantrique », a-t-il répondu.

« La ligne était franchie », a écrit Salter en 2005, dans des notes personnelles revues par GEN. La ligne demeura franchie pendant trois ans. « L’absence de limites… non-fondement… obéissance comme je l’avais entendu enseigner dans cette tradition “spirituelle”… les limbes qui pourraient être les miennes si je rompais avec le professeur… J’avais entendu les enseignements disant que de désobéir ou rompre avec le guru était l’équivalent d’un suicide spirituel ».

Salter a vu son rôle d’assistante de Nair s’étendre malgré le fait d’être dégoûtée, descendant en spirale vers la honte et la culpabilité. Elle a décrit « des rôles profondément confus — comme étudiante, comme secrétaire, souvent comme mère, certains diraient fille, et “partenaire” sexuelle — bien que “partenaire” ne représentait pas vraiment ce qui se passait ».

Son sommeil était réduit à quelques heures par nuit. Elle survivait avec du jus de fruit et des biscuits lorsqu’elle travaillait ou qu’elle était au téléphone. Elle a développé des problèmes digestifs et d’autres problèmes. Une fois, Nair lui a crié dessus pendant des heures après qu’elle eu mentionné qu’elle était fatiguée. Une autre fois, dit-elle, Nair l’a giflé après l’avoir faussement accusée d’avoir une relation avec un autre employé. L’agression a laissé des marques. Elle se rappelle avoir dit à une collègue que les marques étaient dues à un accident.

« À plusieurs occasions, j’ai songé à partir, mais je ne l’ai pas fait », écrit Salter. « Mon niveau d’épuisement était très élevé pendant plusieurs années, avec de longues heures de travail et de l’insomnie, combinées au le poids du secret ». Un jour, elle a dit par téléphone, « Je sentais la peur émanant très fortement de moi ». À une autre occasion, elle dit « J’ai entendu mon cerveau “se briser” ».

Au fur et à mesure que la condition de Salter empirait, la dépendance de Nair envers elle augmentait. Elle s’affairait pour garder son insuline sous contrôle, pour lui administrer sa dialyse lorsqu’ils voyageaient entre l’Inde et le Québec, pour traduire ses discours brouillons après qu’il ait eu un accident vasculaire, pour le traiter après qu’un accident de voiture lui ait perforé un poumon et brisé le cou.

« Je me rappelle qu’il disait constamment “Mon cou me fait mal, ne me quitte pas. Mon cou me fait mal, ne me quitte pas. Mon cou me fait mal, ne me quitte pas”. Comme un petit enfant dit à sa mère ».

Le premier événement des centres de yoga Sivananda auquel a participé Pamela Kyssa fut une fin de semaine de jeûne, dans sa ville natale de Londres, en 1979. Elle avait 20 ans à l’époque. Elle a décrit avoir été « bombardée d’amour » par des membres du groupe — un terme utilisé dans les études de sectes pour la tactique de recrutement consistant à couvrir les nouveaux venus d’attention et d’affection pour créer des sentiments d’endettement et d’attachement instantanés. En moins de quelques semaines, Kyssa avait abandonné ses nuits dans les clubs pour déménager dans le centre de l’organisation situé à Londres.   Nair est venu en ville pour donner leurs mantras aux nouveaux venus — une prière personnelle à être récitée constamment, pour purifier l’esprit de toute autre pensée. Il lui a aussi donné le nom de « Padma », ce qui signifie lotus. Kyssa a abandonné tous ses vêtements à la mode de Kensington Market pour adopter la tenue jaune d’une novice.

Lors d’une retraite de groupe au château de Windsor, Nair l’a appelée pour lui demander de le masser, ce qu’elle a fait pendant deux heures, après quoi ils ont fait des postures de yoga ensemble, terminant dans une posture de relaxation.

Lorsqu’elle a réalisé que Nair était au-dessus d’elle et commençait à la pénétrer, Kyssa se rappelle avoir dit « Swamiji, je ne veux pas être enceinte ! »

« C’était au lieu de dire “Lâchez-moi” », a dit Kyssa dans une entretien. « Ce qui m’a déconcertée fut que ce viol ne fut pas violent – pas comme m’épingler sur le sol, me frapper ou quelque chose du genre puis déchirer mes pantalons pour s’imposer en moi ou quelque chose du genre. Je suis un peu gênée d’avoir 62 ans et de réaliser maintenant que c’était un viol ».

En 1981, Kyssa travaillait au Sivananda Yoga Ranch dans l’état de New York. Un membre du personnel supérieur l’a convoquée pour qu’elle lave Nair, disant qu’il était malade et avait besoin d’aide. Alors qu’elle séchait ses pieds après le bain, dit-elle, il a tiré sa tête vers son pénis. Elle a tiré sa tête pour se libérer de son emprise. « Je l’ai regardé intensément avec rage », dit-elle par téléphone. « Je suis sortie. Je réalise maintenant que c’était un acte de pouvoir. Qu’est-ce qu’il pouvait bien vouloir ? »

L’année avant la mort de Nair, Kyssa est allée à Val-Morin pour le Nouvel An, déterminée à parler au guru. Elle se rappelle que Salter était debout aux côtés du guru pour traduire ses paroles (Salter ne se rappelle pas de la rencontre). Kyssa fut frappée par la condition de Salter. Elle semblait être « une petite rate épuisée et noyée, que Dieu bénisse son cœur », dit Kyssa.

Kyssa a demandé à être seule avec le guru et se souvient que Nair a chassé Salter d’un geste de la main. La première impulsion de Kyssa à le voir aussi diminué fut de s’excuser pour avoir entretenu de la haine à son égard pendant tant d’années. Mais elle l’a également confronté.

« Cela fut très difficile pour moi de vivre avec ce qui est arrivé et je n’avais personne à qui parler. Ce ne fut pas correct que vos ayez agi sexuellement avec moi ».

« Il m’a interrompu et a dit “Je ne me souviens pas ! Je ne me souviens pas !” Il a continué de le dire avec assez de force ».

Rapiécer son histoire après toutes ces années est une bataille, mais Kyssa croit que c’est essentiel. « Je suis totalement pour la cohérence et le fait d’avoir de l’incohérence en moi est un immense compromis », dit-elle.

« C’est vraiment important de se maintenir dans la vérité. C’est la seule façon dont vous allez guérir ».

 

Lorsqu’on lui demande par téléphone si Nair l’a déjà remerciée pour ses années de service, Salter marque une longue pause.

« La seule chose dont je me souvienne », dit-elle en douceur, « c’est quand, à la fin de sa vie, il a dit : “Parce que tu as pris si bien soin de moi, tu seras prise en charge.” »

En 2004, Salter a commencé à communiquer avec ses anciens collègues du conseil d’administration. Elle en avait de grosses difficultés financières et une santé fragile, et a tenté de demander une forme de pension ou une compensation de l’organisation.

La personne-ressource au sein du conseil pour cette correspondance fut Mark Ashley, 57 ans, connu dans l’organisation comme Srinivasan, et directeur du Yoga Ranch. Sur plusieurs échanges, Ashley a aidé à arranger une rencontre entre Salter et des membres du conseil et a exprimé l’espoir que les « malentendus » puissent être réglés. Cela ne s’est pas produit.

Salter a retenu les services d’une société d’avocats de Toronto pour défendre ses intérêts. En juillet 2007, Danny Kastner, un stagiaire de la firme, a écrit une lettre au conseil d’administration de Sivananda en son nom. Kastner a grandi dans la communauté, participant à un camp d’été pour enfants à Val-Morin au début des années 1990.

Kastner se rappelle la lettre détaillant les 22 années de travail non rémunéré de Salter et aussi mentionné que le swami Vishnu l’avait fréquemment agressée sexuellement et qu’un certain nombre de membres du personnel supérieurs le savaient.

Un brouillon de la lettre obtenu par GEN disait aussi qu’après avoir quitté l’organisation Sivananda en 1999, sans l’approbation du conseil, Salter fut diagnostiquée d’épuisement, de palpitations cardiaques, d’insomnie et de dépression. Et elle rappelait que deux ans auparavant des négociations avaient mené à une offre brute de 300 $ par mois pour Salter, jusqu’à l’âge de 65 ans. La lettre proposait un montant forfaitaire de 600 000 $, pour éviter une poursuite publique.

« Il m’a interrompu et a dit “Je ne me souviens pas ! Je ne me souviens pas !” Il a continué de le dire avec assez de force. »

Par téléphone, Kastner a expliqué que le montant forfaitaire proposé fut calculé pour fournir à Salter une maison et des fonds pour le son maintien. « Je m’attendais pleinement », a dit Kastner, « que l’explication de la détérioration de la santé de Julie, après avoir rappelé ses sacrifices pour l’organisation — qui fut bien au-delà des sacrifices attendus des adeptes — j’étais certain qu’ils viendraient aux discussions dans un esprit de compassion selon les principes enseignés par l’organisation ».

Mais le 27 août 2007, Salter a reçu une lettre de la part du conseil d’administration du bureau montréalais de Stikeman Elliot LLP, une firme d’avocats reconnue pour ses poursuites agressives. La lettre rejetait les demandes de Salter et déclarait que son travail pour l’organisation Sivananda fut volontaire et « motivé par ses croyances et sa foi personnelles ». Elle dénonçait les plaintes de Salter comme étant « frivoles » et « inappropriées, agressives et injustes », mentionnant qu’il semblait douteux que Mme Salter soulève la question 14 ans après la mort de swami Vishnudevananda.

La lettre se terminait par une menace : « Nous nous réservons le droit de prendre tout recours approprié en diffamation contre toute personne que nous considérons appropriée afin de protéger les droits et la réputation de Sivananda et de swami Vishnudevananda ».

Ce court échange légal fut suffisant pour faire taire Salter et protéger le conseil d’administration de l’organisation Sivananda de la colère de sa congrégation pendant 12 ans. Mais maintenant, avec l’appui du mouvement #MeToo derrière elles, les réponses en lignes à la publication de Salter révèlent une communauté mondiale soudée comme une famille prête à soutenir les siennes. En quelques jours seulement, un groupe public et deux autres privés furent créés sur Facebook comme canaux d’évacuation des frustrations et des plans de réforme. Des membres de longue date ont rapidement commencé à parler de la possibilité d’une action collective contre l’organisation pour fausse représentation de l’image de Nair et de son héritage.

Le sentiment était immédiatement révolutionnaire et démontrait que plusieurs étudiants avaient pris à cœur les enseignements d’abandon de soi et d’altruisme. L’activisme semblait aussi être renforcé par les forts liens formés par le bénévolat et par les programmes de formation notoirement austères de l’organisation Sivananda.

Au cœur l’unité de Sivananda était l’expérience du camp d’entraînement quasi militaire du cours de formation des professeurs de yoga de l’organisation. Sa structure de 200 heures a fourni la feuille de route pour les formations de yoga à travers toute l’industrie. Son intensité est un milieu fertile pour l’endoctrinement, l’attachement à vie, voire les deux. Pendant quatre semaines, les participants sont réveillés à 5 h 30 du matin, se pointent à 6 heures avec leurs devoirs avant les chants du matin et le sermon, puis sont menés vers des séances de yoga à 8 heures, travaillent à la cuisine ou font du ménage jusqu’à midi, puis assistent à des cours — dont certaines sont des documentaires sur Nair. Il y a encore du yoga dans l’après-midi et la journée se conclut avec un sermon de soirée. Deux repas végétariens sont fournis.

Pour Lara Marjerrison, 49 ans, qui fait du yoga au centre Sivananda de Toronto depuis 17 ans, l’horaire brutal du cours demandait que les étudiants se supportent entre eux, résolvent leurs conflits et apprécient l’idéalisme de chacun. « Nous n’avions pas la possibilité de nous en aller », a-t-elle dit par téléphone, « Je me rappelle clairement regarder la grande salle de yoga et voir cent postures sur la tête parfaitement alignés, magnifiques, et l’harmonie qui émanait de cette vision et de chaque personne dans la salle et combien nous avions changé. C’est quelque chose que je n’oublierai jamais. Pour moi, c’était un microcosme de ce qui est possible dans le plus grand monde. Si nous voulons rester les uns et les autres. Cette paix est possible si nous pouvons juste nous asseoir dans l’inconfort de nos différences et communiquer entre nous avec respect et dignité, reconnaître ce qui fait mal, reconnaître ce qui nous effraie ».

« Jaya » ne veut pas que son vrai nom soit utilisé par peur de possibles répercussions. Elle a pratiqué au centre Sivananda pendant 20 ans, et elle croit que la hiérarchie du groupe est maintenant son talon d’Achille. « La structure d’autoritarisme vous fait sentir comme un mauvais enfant à l’école, », dit-elle au téléphone, « et parce qu’il y a plein d’autres mauvais enfants avec qui vous vous entendez, vous êtes retourné vers cette forme de folle transgression infantile et euphorique. Nous rions comme des fous à propos d’un swami en particulier. Nous l’appelions Darth Vader, avec sa coupe de cheveux et ces lunettes, à cause de sa rigidité ».

Les tours pendables faisaient partie de ce qui ramenait toujours Jaya. « Mais maintenant, », dit-elle, référant à la crise Salter, « ce sont vraiment de mauvais traitements. Nous le savions, car nous voyions comment ils traitaient certaines personnes du personnel permanent. Leur autoritarisme nous unissait et nous les tenons responsables en tant que groupe ».

 

 

La publication de Salter est apparue un mardi. Le vendredi suivant, le conseil d’administration de Sivananda publiait un communiqué prenant acte du témoignage, faisant allusion à leurs politiques et procédures et demandant à toute personne avec des allégations de les envoyer par courriel à Communications Avenue. Pendant la fin de semaine, les fêtes de Noël prévues dans de nombreux centres dans le monde ont été annulées et remplacées par des « satsangs » ou conférences qui aborderaient la nouvelle et permettraient des questions. À Toronto, les personnel aux réunions portaient apparemment des t-shirts disant « Unis nous vivons ; divisés nous mourons ». Un membre a reporté sur Facebook que le nom et le portrait de Nair fut retiré des chants matinaux aux locaux de Val Morin.

À New York, Ashley (qui a aidé à négocier les débuts des griefs de Salter en 2005) a ouvert la réunion de soirée avec un récit hagiographique des vertus de Nair, allant jusqu’à citer Nair lui-même à propos des dangers du pouvoir, de la corruption et de suivre un guru.

« Il y a maintenant plusieurs accusations qui sont sorties. », a dit Ashley, selon un enregistrement audio de la rencontre qui fut publié en ligne. « Je n’ai aucune idée si ces accusations sont vraies ou non. Ce n’est pas à moi de le dire. Je crois que si swami Vishnu était ici, il dirait “Ceci est vrai, cela n’est pas vrai” et il serait le premier à s’excuser, et je ne peux m’excuser pour quelqu’un…. »

« Il n’y a absolument aucun moyen que je sache cela, et je ne connais personne d’autre qui le sache à part peut-être les personnes qui étaient là. Et même pour les personnes qui étaient là : après 35, 40 ans, le discours change. »

Le reste des 90 minutes de la rencontre a consisté en un groupe de membres — principalement des femmes qui ont mentionné des décennies d’expérience dans le groupe — bombardant Ashley de questions sur ce que le conseil d’administration savait de l’expérience de Salter et sur les processus de responsabilisation que l’organisation allait suivre.

« Je crois que c’est tout simplement trop facile de publier quelque chose sur Facebook » a relancé Ashley. « Les gens partagent certaines de leurs expériences et cela devient un procès, un juge, un jury et c’est de la folie ».

Il a tenté de conclure le rassemblement sur une note de conciliation. « En ce qui concerne votre traitement », dit-il, « cela est très douloureux pour nous tous. Si vous avez des blessures personnelles qui sont survenues en relation avec l’organisation, je ressens beaucoup de peine pour vous pour cela et le fait que les choses se sont produites et si elles n’ont pas été résolues, nous aimerions tout résoudre ».

« Le conseil d’administration n’a pas du tout permis la corruption. Tout ce que le conseil d’administration sait, nous agissons. Lorsque nous ne savons pas ce qui se passe, alors nous n’agissons pas. »

Ashley a terminé la réunion en dirigeant le groupe dans un chant de om. Il n’a pas répondu à une demande directe de commentaire.

Les deux femmes qui ont publié sur Facebook que Reddy les a harcelées sexuellement ont réitéré leurs histoires dans des entretiens. Elles ont toutes deux demandé à ce que leur nom demeure secret, l’une citant des craintes de confidentialité alors que l’autre craignait des représailles de l’organisation. Les deux ont décrit que Reddy les a harcelées pendant qu’elles faisaient du karma yoga, pendant les formations qu’il dirigeait dans des ashrams de deux pays différents.

Une femme a décrit comment le harcèlement a mené à des accolades et attouchements à répétition alors qu’elle était seule, à nettoyer le temple. « Il ne n’a pas demandé “Est-ce que tu me veux ? Est-ce que tu m’aimes ?” Non, il venait simplement et le faisait simplement ». Elle dit l’avoir fermement repoussé lorsqu’il a explicitement demandé pour du sexe.

« Je ne veux pas que ceci se continue », a dit l’autre femme. Elle a décrit comment le Reddy camouflait son harcèlement sexuel en apparence d’offre de conseils spirituels ou de physiothérapie dans les rencontres privées avec les étudiants, qui sont principalement des femmes « Mon intention en rendant cela public est de changer ce type de comportement », a dit l’une. « Cela signifierait que cette personne démissionne et obtienne de l’aide appropriée ».

« Ce sont vraiment de mauvais traitements. Nous le savions, car nous voyions comment ils traitaient certaines personnes du personnel permanent. Leur autoritarisme nous unissait et nous les tenons responsables en tant que groupe. »

Les deux femmes ont dit avoir transmis leurs plaintes aux responsables de Sivananda, elles ont été référées à une avocate de New York nommée Lanny Alexander comme un genre de médiatrice pour l’organisation. Une femme a dit que Alexander l’appelait à des heures bizarres, lui demandant de prouver ses allégations et, éventuellement, disant que si la femme ne comptait pas intenter une poursuite il n’y avait rien à discuter. L’autre femme a refusé de contacter Alexander. Aucun des témoignages n’a apparemment été pleinement enquêté par une organisation ou une compagnie associée avec le conseil d’administration de Sivananda.

Ashley a identifié Alexander durant sa présentation de New York comme une étudiante dédiée de l’organisation qui a géré des plaintes pour « les 15 dernières années environ », mais qu’elle ne jouerait plus ce rôle, car elle était « trop proche de l’organisation ».

Communications Avenue, la firme de relation publique a confirmé dans un courriel qu’Alexander travaille avec l’organisation pour développer et promouvoir des politiques de harcèlement sexuel et « a aidé dans des enquêtes d’allégations de mauvaise conduite sexuelle » pour les centres de yoga Sivananda. Dans un courriel de suivi qui demandait si Alexander avait une formation spécifique en matière de sensibilisation aux traumatismes, Communications Avenue a répondu que l’organisation « se fie à d’autres professionnels externes en relation avec l’aide psychologique et traumatique ». Lorsque a été demandé qui étaient ces professionnels, un porte-parole a répondu « Je ne crois pas que ce soit approprié que je vous fournisse cette information ».

Alexander n’a pas répondu aux questions à propos de sa relation avec les centres de yoga Sivananda, de sa formation professionnelle ou sur comment fonctionne le processus de griefs.

Les semaines qui ont suivi depuis le 10 décembre n’ont pas été faciles pour Salter. Dans les retombées de sa publication, « Mon corps est entré en mode de réponse de stress intense », a-t-elle dit. Elle a décrit être fiévreuse, incapable de dormir, ni de manger, perdre ses cheveux. Lentement, par contre, elle gagne de la force, soutenue par son partenaire, allant faire de longues marches hivernales et se tournant vers des activités réconfortantes et manuelles comme le tricot et le crochet.

« Je veux un endroit sûr où les gens sont écoutés, pas rejetés, ou traités comme jetables. », a-t-elle dit. « À un autre niveau, c’est comme “Fais avec cette histoire !” Je ne suis plus vraiment intéressée par ce groupe spécifique de yoga ».

Pour Kyssa, l’ouragan d’activité en ligne a été épuisant. Mais elle décrit aussi le processus de reprise de contact avec d’autres survivantes et de parler clairement à propos de son passé comme une sensation d’un « film qui commence en noir et blanc, puis la couleur arrive soudainement. »

« C’est tout un effet de retrouver ton énergie familière », a-t-elle dit. « Je pensais que j’étais simplement vieille. Je veux dire — je suis vieille. Mais ce qui arrive c’est cette forme de vitalité familière qui parcourt à nouveau mon corps. De moi. C’est fantastique. C’est fantastique ce qui arrive ».

 

 

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Matthew Remski est un professeur de yoga et un écrivain vivant à Toronto. Si vous avez des informations que vous voudriez partager à propos de votre expérience avec les centres de yoga Sivananda, vous pouvez le contacter à threadsof[email protected].

 

 

 

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Matthew Remski est un professeur de yoga et un écrivain vivant à Toronto. Si vous avez des informations que vous voudriez partager à propos de votre expérience avec yoga Sivananda, vous pouvez le contacter à [email protected].

 

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